Mots clé associés : Canoë Sports nautiques Kayak
Pendant 24h, Mike et Spy (Team PYMs) , ont descendu l'Ill, rivière qui baigne la plaine d’Alsace et affluent du Rhin. Un périple en canoë-Kayak original raconté avec beaucoup d'humour. Une aventure comme on les aime ! Textes et photos de Mike et Spy (Team PYMs)
Entre Colmar et Strasbourg...
Voila le compte rendu de notre "ballade" entre Colmar et Strasbourg en Kayak... Nous avions intitulé cela "24h de kayak", suite à nos "24h de Rando". Mais notre manque d’expérience dans le domaine nous a amené à estimer à la louche la distance nécessaire pour pagayer 24h... Au final on aura mis 23h30, "grâce" à de nombreuses péripéties imprévues !
Le Tracé :
Facile, de Horbourg-Wihr (68) à Strasbourg Centre (67), par l’Ill uniquement. Les connaisseurs diront que le trajet n’est pas "continu", c’est à dire que de nombreuses zones ne sont pas praticables en kayak... en théorie ! Nous sommes prêts à porter et à nous débrouiller pour passer !
Le But :
Faire un truc marrant et pas courant
Découvrir cette partie de l’Alsace sous un angle différent-
Apprendre à pagayer correctement
Voir si on tient la route au niveau des bras (on avait testé les jambes l’année dernière !)
Dormir dans un kayak !
Les Règles :
Moins de 24 heures
Pas d’assistance
Suivre l’Ill au plus près (ne pas utiliser les canaux ou autres voies de contournement)
Le Matos :
Un kayak gonflable Sevylor KCC335
Deux gilets de sauvetage
Deux sacs étanches souples Ortlieb (30L)
De la nourriture "de course" (Barres, Fruits secs...)
Les TOP25 qui vont bien (imprimées depuis Géorando)
Un sursac au cas où, pour pouvoir faire une sieste sans trop cailler à cause du vent sur les habits trempées... (pas utilisé au final)
Le petit matos indispensable (lampes, corde, rustines...)
Départ de la Place des Moulins à Strasbourg, direction la gare
Nous avons vécu ce périple en trois grandes parties :
1ère Partie - Horbourg/Sélestat - La Grande Vadrouille
Après l’arrivée à la gare de Colmar et le trajet en Bus, on arrive sur les berges de l’Ill, où les gamins du coin s’amusent dans l’eau. On met à peu près 1/2 pour tout déballer, gonfler, et ranger les sacs dans le bateau. On part à 14h30.
Gonflage du KG, à Horbourg-Wihr près du Camping des Berges de l’Ill
Une fois le rythme trouvé, on file bien droit et bien vite sur l’Ill, avec des berges bien entretenues, un courant juste comme il faut et deux ou trois passages aménagés aux barrages (sorte de tapis à Canoë/Kayak).
Passage devant la réputée "Auberge de L’Ill", Gastro 4* alsacien à Illhausern (68) (que je recommande au passage), avec son hôtel.
Restaurant l’Auberge de l’Ill à Illhausern
On mange vers 19h, tranquillou billou. C’est génial le kayak pour ça : tu peux faire une pause, manger et regarder le paysage, tu continues d’avancer ! Le pied, avec le soleil qui se rapproche doucement de l’horizon...
Pause repas du soir
Mais alors... vous naviguez de nuit ? Vous êtes fous il n’y a pas de lune, et c’est loin ! Vous avez un phare au moins ? A 20h on est déjà à Sélestat ! ça représente 40km sur l’Ill, donc quasiment la moitié de notre trajet prévu en moins de 5h30 ! 7,5 km/h : A ce rythme on arrive à Strasbourg à 1h30 du mat’ ! On mange encore un p’tit bout, on vide le bateau (des litres... à chaque fois !). Et on discute avec un membre du Kayak Club de Sélestat :
Arrivée dans Sélestat (Nouvelle Médiathèque sur la gauche)
Vous allez où comme ça ?
_A Strasbourg !
Ah ouais, sympa ! En trois jours, c’est ça ?
Euh, non, on y arrive demain normalement !
Mais alors... vous naviguez de nuit ? Vous êtes fous il n’y a pas de lune, et c’est loin ! Vous avez un phare au moins ?
Euh.. ouais ouais... (des frontales quoi)
Mais vous savez que ce n’est pas possible de faire la liaison d’une traite ? Il y a plein de barrages !
Ah... c’est pas grave, on est motivés : on portera.
_Vous êtes sûr ? .... Bon vous devez avoir de l’expérience, mais faites très attention, c’est dangereux !
_Ne vous inquiétez pas, on a l’habitude (hum hum...)
Pause vidange du Kayak et conseils au club de Canoë/Kayak de Sélestat
2ème partie - Sélestat/Erstein - Vogue la Galère
Donc on repart, motivés comme jamais, persuadés d’être en avance (les rois du monde en somme !) Le soleil se couche, mais on voit encore assez clair.
C’est là que commence la succession de barrages de régulation... Ehnwihr, Kogenheim, Semersheim...
Les écluses électriques ne fonctionnent pas (ou alors une faisait un tel boucan qu’on a pas osé s’aventurer dedans avec notre frêle esquif..) Du coup, on se tape la sortie de l’eau, le portage et la remise à flot dès que possible. Les berges ne sont pas vraiment conçues pour cela... (escalier étroit et très raide, enrochement, berges de 3m de haut...).
Mais ce n’est pas grave, vu qu’on est en avance, on prend ça avec philosophie, et on porte !
Et on arrive à Huttenheim... Là où l’Ill se divise en 6 bras... J’avais prévu de passer tout à droite, mais l’importance de la retenue et les berges de l’autre côté rendent le passage très difficile. Donc on tente les autres bras... Et là c’est le drame.
En fait, ces bras mènent tout droit dans une grande usine de construction de préfabriqués, et ils sont bloqués par des grilles. On en fait 3 d’affilés, avec remontée à contre-courant à la clé sur 400m environ... avant d’arriver à court-circuiter les grilles en passant d’un bras à l’autre par la forêt !
Le champ de vision se réduit bien la nuit…
Là on commence à fatiguer doucement...
A l’arrivée dans Benfeld, on se rend compte qu’on est plus sur l’Ill, mais sur la Muhlbach. C’est pas grave, c’est parallèle... mais par contre, ça passe sous des maisons, dans des lavoirs etc.. S’en suit une succession de sorties de l’eau, remontées, quelques centaines de mètres à chaque fois ! Pour avoir une idée, on est parti MUL, donc avec le minimum de matériel, mais l’embarcation avec les sacs doit bien peser ses 40 Kg, sans compter l’eau accumulée dedans ! Et ce n’est pas ce qu’on fait de plus maniable hors de l’eau...
Toutes les écluses ne sont pas motorisées, et il faut tourner pendant des heures pour que ça bouge !
Donc là avec tout ça, on aura fait 5 bornes en 3 heures... C’est moins la frime, du coup !
On arrive à Erstein, bien claqués, mais on voit que le lit s’élargit, et devient plus facilement navigable. Bordé d’arbres jusqu’à Nordhouse, j’en profite pour faire un petit somme (15min) !
Un petit somme, 15 minutes chrono !
Et là un petit panneau nous indique gentiment qu’on doit passer par la gauche... Danger à droite parait-il... Très bien, on s’exécute... et on se retrouve sur la "Petite Ill"... qui serpente gentiment dans une forêt bien sombre et touffue... Avec plein d’arbres, de rochers, peu de fond, des mini-barrages, des ponts faits avec des troncs d’arbres par des chasseurs à 30cm au-dessus de l’eau, etc... Évidemment, les moustiques sont de la partie, attirés par nos frontales ! Au moins on s’ennuie pas...
3ème Partie - Ohnheim/Strasbourg - It’s a Long Way to Home...
Arrivé à Ohnheim avec le soleil, je sors du kayak pour aller voir où on est (sport effectué à plusieurs reprises de nuit... On sort, et on court jusqu’à tomber sur un panneau où une indication pour s’assurer de l’endroit où on est !). De nuit et au raz de l’eau, c’est pas évident d’être sûr à 100% que le bout de clocher qu’on aperçoit au loin appartient à tel village ou tel autre ! Les gens que je croise me dévisagent de haut en bas : tout en noir, gilet de sauvetage, bonnet, tronche de déterré.
Clocher pittoresque dans un petit village près de Ohnheim
_ Bonjour Monsieur !
... Bonjour Monsieur ... qu’est-ce qu’il se passe ?
Rien, on est juste en kayak, et on se demande dans quel village on est actuellement !
Alors, vous êtes sur la commune de Ohnheim, rattachée à Fegersheim, sur l’Ill
OK parfait, on va sur Strasbourg !
... D’accord ... Très bien ... [presque au garde à vous le gars.. il a du nous prendre pour un commando en manœuvre à 5h du mat’ !]
Merci !
Allez... ça fait maintenant 15 heures qu’on pagaye... On est à Fegersheim... C’est plus très loin ! Le soleil revient et commence à nous réchauffer (ça caillait un peu...). Un petit rapide, on s’arrête, je sors pour évaluer si ça passe.
Mike ! C’est chaud...
Quoi, ça passe pas ?
Ben... Le canoë passera, il est bien souple, par contre, nous on va boire la tasse !
Ah ouais... mais ça passe ?
Eh bien... pfff... Si t’as pas peur de l’eau...
Bon, c’est bon, on y va !
Sacré Mike... allez, au charbon !
On a été quitte pour une bonne douche, et le kayak plein d’eau jusqu’à ras-bord ! La marche faisait 80cm tout au plus, mais ça remontait sec derrière, d’où une belle vague ! Du coup, on a de nouveau froid !
Pause au-dessus de notre douche matinale, à Fegersheim !
On pagaye au radar jusqu’à Illkirch. On arrive près d’une ancienne centrale électrique. J’ai vu sur la carte que le bras vers la droite arrive directement dans les turbines... Donc logiquement on devrait passer à gauche. Seulement à gauche, il y a un barrage non indiqué...
Serions-nous à un autre endroit ? Je demande à des dames qui jardinent au bord de l’eau :
Bonjour Mesdames ! On veut arriver à Strasbourg Centre, c’est bien par la gauche ?
Non non, vous ne pouvez pas passer, il y a un barrage !
Mais ça passe à droite ?
Oui oui, pas de problème, allez-y, de toute façon ça se rejoint derrière !
OK, merci !
Donc nous, on doute de rien et on fonce. Le courant devient plus fort, cool... Et évidemment, on se retrouve face aux grilles d’aspiration des turbines toujours en fonctionnement de l’usine désaffectée !!! Non de Non !! C’est très dangereux, il y a eu deux accidents l’année dernière ! Des jeunes n’ont pas réussi à remonter et sont resté coincés contre les grilles !Elles se sont moqués de nous ou quoi ?? A grands coups de pagaies, on se cale sur le bord pour voir s’il-y-a moyen de sortir et passer par la terre... mais pas moyen, c’est impossible !
On essaye de retrouver le bras de gauche en traversant une copropriété (Domaine de l’Ill... très chouette !). Je croise un gars :
Bonjour ! Peut-on traverser par la propriété ?
Vous êtes allés vers la centrale ?
Oui, mais on a fait demi-tour
C’est très dangereux, il y a eu deux accidents l’année dernière ! Des jeunes n’ont pas réussi à remonter et sont resté coincés contre les grilles !
Oups... Bon, nous on a réussi, difficilement...
Mon fils fait du kayak, vous venez d’où ?
De Colmar, on est parti hier après-midi !
Ah bon ? Mais c’est loin ça ! C’est pour quoi ? Une compétition ?
_Nan, un entraînement et pour le plaisir !
Ah, quand je vais raconter ça à mon fils...
En fait, on ne pouvait pas trop traverser... trop de grillages. Donc on a été quittes pour 600 mètres de contre-courant assez costaud ! Une demi-heure au taquet... Bonjour les bras !! En fait, on ne pouvait pas trop traverser... trop de grillages. Donc on a été quittes pour 600 mètres de contre-courant assez costaud ! Une demi-heure au taquet... Bonjour les bras !!
Passage sauvage à hauteur d’Ostwald
Le reste, plus de surprises... Juste un super rapide de 300 mètres, en zig-zag, qu’on a abordé à l’envers, on a pas réussi à s’arrêter pour évaluer le passage !! Mais il était nickel, même à l’envers !
Et puis aux abords de Strasbourg, le lit s’élargit, le courant devient nul... et on rame... à 2 à l’heure, complètement lobotomisés... obligés de compter à haute-voix : 50 coups de pagaie chacun... C’est très long, et l’Ill fait de grands ’S’ alors qu’à vol d’oiseau on est quasiment arrivés !!
C’est une des épreuves les plus dures... Avec la fatigue et le mal de dos, un paysage monotone, plus de courant, et on fait de grands détours !! Ma tête tombe toute seule dès que je pagaie pas... des micro-sommeils irrépressibles...
Arrivée aux Ponts Couverts de Strasbourg à 14h
On arrive par les ponts couverts à 13h30. Ouf ! C’est Strasbourg Centre ! On passe juste derrière mon apart’ pour faire coucou à ma copine, qui en profite pour se moquer de nos têtes et nous prendre en photo !
Ensuite on remonte vers les Ponts Couverts (on a l’habitude maintenant), et je vais essayer de négocier avec le responsable de l’écluse pour pouvoir l’utiliser... en vain. Il faut une autorisation délivrée 15 jours à l’avance ! C’est pas grave, on remonte encore une fois vers les ponts, et on va débarquer tranquillement face au "Marronnier", restaurant bien connu du centre de Strasbourg.
Belle maison à colombage, rue des Dentelles
Mission terminée, 23h30 après le départ !
Les règles ont été respectées à 30 minutes près pour la durée (on en pouvait plus). Pour les pauses : aucune pour Mike (Warrior Inside), 15 minutes de sieste pour moi.
Après la douche salvatrice et un repos bien mérité, il ne me resta plus qu’à bien laver et sécher l’embarcation... C’est dur la vie de capitaine ! Trois heures de boulot encore, mais la tête bien pleine d’images, d’odeurs et de bruit de cette ballade pas comme les autres ! On a appris beaucoup de choses (on partait de loin), et on a aussi acquis la certitude de repartir bientôt...


