Clichés du Grand Sud

Interview de Nicolas Rouvière, photographe installé au Chili depuis 3 ans.

Mots clé associés : Amérique du Sud Photographie

Rencontre avec Nicolas qui a découvert les merveilles du Chili au détour de ses voyages. Conquis, il a fini par s'y installer et monter son agence de photographie avec des amis. Interview.

Salut Nicolas ! Quelles ont été tes motivations pour partir t’installer en Amérique du Sud ? Est-ce un projet personnel, un projet artistique, une envie d’aller voir ailleurs, un peu tout ça ?

J’ai fait pas mal de tours et de détours avant de trouver l’Amérique du Sud. Avant le Chili, j’ai voyagé en Nouvelle-Calédonie, en Australie, au Canada, à la Réunion, dans les Caraïbes, à Madagascar... Et puis, je suis parti sur les routes pendant deux ans, elles m’ont menées du Canada jusqu’à Santiago du Chili. Je travaillais par-ci, par-là puis je prenais la route, pour le plaisir de découvrir, de connaître, d’apprendre, de rencontrer les gens. A l’époque, je ne voulais pas forcément m’installer au Chili !

Ou as-tu trouvé cette envie, alors ?

J’avoue, j’avais fait la connaissance d’une chilienne au Guatemala... je lui ai dis que je viendrais la voir dans son pays, sans avoir idée où c’était exactement. Trois mois après, je frappais à sa porte.

Et qu’as tu trouvé sur place ?

J’avais déjà voyagé en Amérique du Sud, je me disais que le Chili n’était qu’un pays de plus parmi la longue liste qui compose ce continent. C’était différent, pourtant, sans savoir vraiment ce qui créait ce sentiment. J’y ai rencontré des gens accueillants, aimables et des paysages à couper le souffle, grandioses. J’ai passé trois mois à Santiago, puis j’y suis retourné trois ans après pour bosser dans une agence de raft. Je m’installais pour une saison. Cela fait maintenant 10 ans que j y suis.

Que veux-tu montrer à travers ton travail photographique ?

Le reportage sur l’Argentine, c’était une idée pour aller découvrir le grand sud, il est passé dans le magazine Passe Frontières. Je voulais partager ces moments, l’espace, les rencontres, faire passer un message. La terre est immense, belle, les gens sont fabuleux, les rencontres sont de grands moments. La découverte d’endroits nouveaux, les couleurs, les odeurs, c’est tout cela que j’essaye de faire passer dans mes photos.

Mais je n’ai pas de sujets de prédilection. La nature, les animaux, les objets, les détails, les hommes dans leur milieu, tout dépend de l’endroit, du moment. Faire découvrir un lieu peu ou pas connu, un métier jamais vu auparavant. J’ai par exemple le projet de traverser la Terre de Feu à cheval et faire un reportage sur les chevaux sauvages du sud de l’île. Pour cela, il faut partir au moins cinq mois, être sur place avec le gardien de l’Estancia, vivre avec lui, l’accompagner à cheval, apprendre de lui et découvrir en sa compagnie cette terre sauvage. Vivre l’instant, sentir, admirer les animaux, la terre, le ciel, s’imprégner de l’endroit.

Ils descendent à plus de 30 mètres de profondeur, en prenant des risques énormes. Beaucoup se retrouvent en fauteuil roulant...

J’aimerai aussi faire un reportage sur les plongeurs en scaphandre dans un petit village du sud du Chili. Ils descendent à plus de 30 mètres de profondeur, en prenant des risques énormes, pour remonter des mollusques "loco", une sorte d’abalone. Beaucoup se retrouvent en fauteuil roulant, suite à une remontée trop rapide. J’aimerai rencontrer ces personnes. Ils ont maintenant une équipe de basketball et font des tournois entre personnes handicapées. Toute une vie, pour quelques pesos.

Quelques anecdotes rapportées de l’expérience du terrain ? Rencontres, surprises ou déceptions ? Temps forts ?

Avec Pierre -un ami de Nicolas dont nous publierons bientôt le reportage photo, nous avons transporté pendant deux mois la caisse de son parapente à moteur, toute une aventure pour pouvoir prendre un bus, passer les frontières. Je me souviens d’un vol au dessus de San Ignacio dans la région de Missiones, en Argentine, un petit terrain de foot, Pierre décolle, les enfants du village arrivent de tous côtés, “Qu’est-ce que c’est que ce moustique géant ?” Le plus drôle, c’était de voir deux chevaux complètement médusé à la vue du parapente, j’étais mort de rire en voyant leurs expressions.

Il se met à pleuvoir des trombes, en deux heures la rivière monte de 3 mètres, nous décidons de continuer...

J’accompagne une expédition en raft et canoë sur une rivière dans le sud du Chili, 10 jours d aventures. Le premier jour, quelques heures après le départ, il se met à pleuvoir des trombes, en deux heures la rivière monte de 3 mètres, nous décidons de continuer. Au cours de l’après midi, dans une courbe, nous prenons un mauvais bras de la rivière, le courant nous emporte au milieu des branches, tout les rafts se retournent. Tous à l’eau ! Mon raft part dans le courant, la caisse étanche avec l’appareil dedans… Après quelques moments d’efforts et d’émotions, nous nous regroupons sur la rive, récupérons une paire de canoës et reprenons le cours de la rivière. Un peu plus loin, j’aperçois le canoë pris dans des arbres, à l’envers. Nous parvenons à le récupérer, la caisse est là, j ouvre, juste un peu d’eau... ouf !!! Deux jours après nous apprenons que la rivière était montée de... 18 mètres, la plus grosse crue en un siècle ! Mieux vaut l’apprendre après...

Une ascension du volcan Osorno, au Chili, prés de Puerto Varas, une montée sans problème, au sommet le cadeau, la vue à 360º, puis nous commençons la descente, rappel, la pente à plus de 60º. Nous passons premier puis vient le tour du guide. Effroi, il glisse sur presque 100 mètres. Moment de frayeur, s’il ne s’arrête pas, nous risquons de partir avec lui, nous sommes encordés, plus bas il y a des crevasses, nous plantons les piolets, il ne reste plus qu’une dizaine de mètres de cordes... un faux plat, il s’arrête enfin. Résultat, pour le guide, une bonne peur et une épaule fêlée. Ce sont les plaisirs de la photographie de plein air, on vit des émotions en tous genres.

Quel est ton parcours photographique, pour qui tu travailles, depuis combien de temps ?

Je pratique la photo depuis que j’ai 10 ans. J’emportais mon premier Olympus, lorsque je partais me promener dans les Alpilles avec mon cheval, puis comme beaucoup avec mes premiers voyages. Je rêvais de publier un article, un reportage. Pierre, de Passe-Frontières, m’a offert cette opportunité. Je l’ai accompagné sur l’un de ses reportages en Bolivie puis en Argentine. Il m’a donné des conseils et publié un de mes reportages, sur le sud de la Patagonie. Je ne le remercierai jamais assez. Puis j’ai eu la possibilité de monter une agence de services photographiques et banque d’images, ici, au Chili. Je propose mes services aux agences de tourisme - reportages sur leurs expéditions, images pour leurs sites web, je crée des flyers pour les hôtels ou pour les magasins d’artisanat, en plus de publier des posters grands formats, des cartes postales et bientôt, j’espère, un livre sur la région des Lacs du sud du Chili.

Quelques conseils, aussi, pour les futurs voyageurs en Amérique du Sud ? Les bons coins, les trésors cachés ?

Ici, le rythme est plus lent. La région est truffée de recoins, des trésors, chacun peut découvrir le sien.

Comme tout voyage, l’Amérique du sud mérite de prendre le temps. Ici, le rythme est plus lent qu’en Europe, les distances sont énormes, surtout ici au Chili, entre les déserts du nord et la Terre de Feu... plus de 4500 km ! La Route Australe s’étire sur près de 1000 km de route non asphaltée. La région est truffée de recoins, des trésors, chacun peut découvrir le sien. Passer un hiver dans le grand sud est une expérience à vivre : quatre mois de pluie, calfeutrés dans des maisons en bois aux odeurs de feu de cheminée, sous une bruine continuelle. Pour commencer à le vivre, le sentir, lire absolument les livres de l’écrivain chilien Francisco Coloane. Ici dans le sud, à 2 heures de bus, il y a des vallées magnifiques, cachées dans les montagnes, Cochamo, Puelo, la Route des Jésuites, au nord de Santiago la vallée Del Elqui, tout au bout, un lac où l’on peut apercevoir un bouddha qui se reflète dans les eaux cristallines d’une lagune, des cols à plus de 5000 mètres d’altitude… sans oublier le Paso Jama, une des plus belles routes que j’ai jamais vu : déserts de sel, volcans, couleurs extraordinaires, la nuit des milliers d’étoiles illuminent le ciel…

Mon agence : DIAF16. Site internet : www.diaf16.com