Découverte de Katmandou

Balade dans les ruelles de la capitale népalaise

Mots clé associés : Asie Népal Trek

Avant de partir à l'assaut des milliers de marche des sentiers népalais, une escapade au cœur de la capitale politique et spirituelle du Népal s'impose. Balades dans les rues de Katmandou, qui vit actuellement une période pivot au niveau politique. Longtemps avant d'atterrir, l'avion longe les pentes enneigées de la chaîne himalayenne que l'on distingue nettement, loin au nord, à travers les hublots givrés : une barrière blanche, apparemment infranchissable, dont les plus hauts sommets se perdent dans les nuages.

Au-dessous des ailes, les faubourgs de Katmandou défilent à toute vitesse : de grosses maisons isolées, sur les hauteurs de la vallée, font place à une multitude d’habitations de brique rouge, quatre étages maximum. Une grande rivière polluée traverse la ville. L’horizon est un brouillard de pollution. Atterrissage sans problème. Il fait 28 degrés.

Katmandou est un dédale de rues de terres, certaines recouvertes de mauvais bitume. Les petites boutiques foisonnent : réparations de vélo, vente de produits frais, échoppes de produits touristiques, coiffeurs. Bizarrement, les rues ne sont pas sur-animées comme on pouvait s’y attendre. Le pays vit, en effet, une période de troubles politiques (le reportage a été réalisé en avril 2006, par un groupe de trekkeurs, lors des grandes manifestations contre la monarchie). Le voyage a d’ailleurs failli être annulé.

La plupart des agences de trekking ont annulé leur saison : les rebelles maoïstes bloquent les routes de sorties de la capitale, de multiples manifestations, parfois violentes, agitent la capitale et d’autres grandes agglomérations, comme Pokhara, à 200 kilomètres à l’ouest de Katmandou. Plus un bus ne circule dans le pays.

Tikka, notre guide, nous informe sur la situation. Pour lui et les porteurs qui nous accompagneront dans les hautes vallées du Tour des Annapurna, ces manifestations sont une chance pour le pays, en proie depuis une dizaine d’années aux violences dans les campagnes, perpétrées par les rebelles maoïstes contre le système monarchique. Pour l’heure, les touristes ont déserté la ville. Quelques taxis fonctionnent encore. Quelques rickshaws bariolés, aussi. Mais on sent bien que la ville vit au ralenti. Les devantures métalliques des magasins du quartier touristique de Thamel, poumon économique de la ville en période touristique, sont baissées.

Une ville étonnante

En deux jours, il est possible de prendre la dimension de la ville.

Le soir, un couvre-feu a été instauré, personne n’a le droit de sortir dans les rues à partir de 19h. Personne, sauf tous ceux qui prétendent ne pas être au courant. On peut alors se promener dans les rues, discrètement, et, surtout, pas trop longtemps.

La montée au temple des singes de Swayanbunath, par son escalier interminable, permet d’embrasser d’un regard la capitale et ses faubourgs. Mais la pollution empêche de voir les montagnes qui, pourtant, devraient être là, droit devant. Au sommet de la colline, sous la grande stupa et les drapeaux de prières, des joggeurs s’étirent. C’est ici, sur les lieux d’un pèlerinage très populaire pour la communauté bouddhiste, que bon nombre d’entre eux se donne rendez-vous, vers six heures du matin, pour une séance sportive, avant d’aller prier dans un des nombreux temples de la ville.

Pour revenir au centre-ville, il faut franchir la rivière aperçue de l’avion : un amas de détritus de toutes sortes, plastiques, bidons, papier, où les cochons domestiques farfouillent à plein groin. Juchés sur leurs dos, des corneilles au dos grisâtre attendent patiemment que leur monture ait déniché quelque chose de comestible. Katmandu n’a pas encore de système d’égouts souterrain.

Un peuple attachant

Malgré leur extrême pauvreté matérielle, -c’est l’un des PIB les plus bas de la planète- le peuple népalais n’est pas triste ni résigné.

Les personnes rencontrées au détour des rues, dans les contre-allées peu fréquentées par les touristes, donnent l’impression d’une certaine joie de vivre. Les gamins courent pieds-nus, les femmes portent des saris de couleurs vives, les hommes des habits plutôt à l’européenne : jeans / baskets, T-shirts lambdas. Les moines bouddhistes, eux, portent de superbes toges de couleurs ocre etorangée. Sur les placettes des rues principales, dans les arrière-cours, des femmes attendent patiemment leur tour pour laver leur linge dans des petits lavoirs de pierre.

Et, partout, les croyants se pressent autour des petits temples, dédiés aux divinités hindoues, pour allumer des cierges. A la veille du départ vers les Annapurna, Tikka a tranché : il faudra partir en avion vers Pokhara et partir, à pied, vers le nord, pour retrouver le début du sentier.

En général, ce trajet se fait en bus, mais vues les circonstances, la marche reste encore le meilleur moyen de déplacement.

PS : PARENTHESE POLITIQUE

En avril 2006, date à laquelle le reportage a été effectué, Katmandou est en pleine période de troubles politiques. Les sept partis d’opposition à la monarchie du roi Gyanendra, qui s’était emparé, en février 2005, des pleins pouvoirs, ont appelé à "la poursuite indéfinie de la grève générale et des protestations" contre la monarchie.

Ce grand mouvement populaire, après avoir causé des centaines d’arrestations, des dizaines de blessés et 3 morts officiels, s’est soldé par la réouverture du Parlement le 24 avril 2006, où siègent désormais les sept partis.Parallèlement, un accord de paix a été signé, en avril 2006, entre les sept partis politiques et le mouvement de rebelles maoïstes qui menait, depuis 1996, une insurrection dans les campagnes népalaises contre la monarchie.

Cette guerre civile a entraîné la mort d’au moins 15000 personnes. Des élections, prévues en novembre 2007, devraient permettre l’abolition de la monarchie, système politique officiel du Népal. Mais les maoïstes, qui siègent depuis avril 2007 au gouvernement, ont quitté la coalition au pouvoir, suite au refus du Premier ministre, Girija Prasad Koirala, d’abolir immédiatement la monarchie.

Selon les spécialistes, les maoïstes craignent de ne pas être bien représentés au gouvernement suite aux élections, et menacent d’ores et déjà de perturber les préparations électorales en cours au moyen de "manifestations pacifistes".

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