Pérou : voyage du désert à l’Amazonie

Un autre regard...

Mots clé associés : Pérou Amérique du Sud Récit de voyage

Se représenter le Pérou sans l'avoir visité, c'est souvent l'associer aux paysages du lac Titicaca, le plus haut lac navigable au monde, ou à celui du Machu Picchu, la célèbre cité inca. Pourtant, ce pays d'Amérique du Sud regorge de paysages variés : désert côtier, hauts plateaux et montagnes andines, fleuves d'Amazonie... De la costa à la selva en passant par la sierra, itinéraire d'un périple au cœur des climats.

Première découverte

il suffit d’ouvrir les yeux pour apercevoir une situation toute différente : des familles se partagent de petites « maisons », des abris de fortune, avec pour seuls biens quelques bovidés et de petits lopins de terre.Aéroport Jorge Chavez, Lima. C’est dans la capitale que commence ma découverte du Pérou. Elle a tout d’une grande ville, les concerts de klaxons, les rues animées, les musées et les beaux vestiges de l’époque coloniale. Pourtant, il faut malgré tout s’en éloigner pour découvrir le « vrai » Pérou. En effet, Lima rassemble environ un tiers de la population péruvienne -soit 10 millions- qui se partage deux tiers des richesses. Je quitte donc le quartier de Miraflores qui borde le Pacifique pour longer les côtes jusqu’à la réserve naturelle de Paracas. Sur la Panaméricaine, il suffit d’ouvrir les yeux pour apercevoir une situation toute différente : des familles se partagent de petites « maisons », des abris de fortune, avec pour seuls biens quelques bovidés et de petits lopins de terre. En plein désert -la côte représente 11 % du territoire et compte près de 3 000 km de désert-, les paysages deviennent saisissants. Mais l’impression est vite « gâchée » par la pollution -déchets en tout genre qui jonchent les routes. Forcément, cette question, sans doute bien occidentale, me taraude : pourquoi un tel non respect de la nature alors que celle-ci offre aux Péruviens de telles merveilles ? Il me faudra peu de temps pour y répondre. Le constat est le même partout dans le pays : l’écologie est forcément reléguée lorsque les priorités sont avant tout d’avoir accès à l’électricité, à l’eau ou voire même, dans certaines régions, aux infrastructures routières. A Nazca, ville connue pour ses étranges lignes et figures tracées dans le sol, dont l’origine reste toujours à ce jour une véritable énigme, le jour de mon passage, les Péruviens manifestaient d’ailleurs contre le prix trop élevé de l’accès à l’eau : un luxe qui donne droit à 15 minutes d’eau seulement par jour et par foyer.

L’altiplano et son el soroche

La mastication de la feuille de coca fait donc désormais partie de mon rituel pour empêcher el soroche, le mal des montagnesJ’arrive ensuite dans la réserve nationale de Paracas, un riche écosystème côtier de 335 hectares. Les plages de bord de mer, les îles, les falaises mais aussi les espèces animales comme les pélicans ou les flamants, offrent des paysages étonnants, que je n’aurais jamais cru trouver au Pérou. Une excursion sur les îles Balestas, en bateaux à moteur bien polluants, permet aussi de se plonger dans ce riche patrimoine naturel et d’y découvrir des terres noires de lions de mer, de manchots et d’oiseaux -cormorans, sternes... Vu l’importance de ces derniers, le Pérou en tire profit en récupérant les quantités de guano qui sont exportées comme engrais vert. En quittant ensuite Nazca, je rejoins en bus la ville d’Arequipa. 560 km et 9h de route plus tard, j’arrive enfin dans la cité blanche, nichée à 2 325 mètres d’altitude avec … une bonne tourista qui me cloue au lit. Après avoir repris quelques forces, je passe le col de Patapampa (4 800 m d’altitude) dans un bus à oxygène ! La mastication de la feuille de coca fait donc désormais partie de mon rituel pour empêcher el soroche, le mal des montagnes. Il est vrai qu’à cette altitude, les maux de têtes sont fréquents et que les efforts doivent donc être réduits. Me voilà en tout cas, sur l’altiplano -les hauts- plateaux péruviens-, bordé par les cordillères de la sierra, région dominée par la Cordillère des Andes qui atteint 6 768 m. L’occasion de découvrir les premières vigognes, les plus petits camélidés. Les variations de température dans cette région sont fortes dans une même journée (entre 20°C et 2°C). Un climat bien particulier qui est pourtant favorable aux cultures, notamment celle de la quinoa et de la pomme de terre. A Yanque dans le canyon de Colca, les habitants vivent donc principalement de ces cultures en terrasses qui remplissent la vallée. De nombreux Péruviens prennent place également le long des petites routes pour vendre aux touristes artisanat et nourriture ou la pose photo. En haut de la vallée du Colca, des dizaines de rapaces se jouent des courants ascendants à la Croix du condor. Un spectacle étonnant à vivre lorsque cet oiseau d’une envergure de plus de 3 mètres et fervent de charognes apparaît sous vos yeux !

Toute l’âme du Machu Picchu à l’aube

Après une nuit difficile chez l’habitant dans un abri en pierre à 3 820 m, je me suis offert un lever de soleil en flânant le long du lac.Mon voyage se poursuit en direction du lac Titicaca pour découvrir tout d’abord, les habitants Uros qui vivent encore sur des îles flottantes construites en roseau, puis l’île de Taquile, pour se plonger dans les traditions ancestrales. Mais mon plus beau souvenir restera celui de Llachon. Après une nuit difficile chez l’habitant dans un abri en pierre à 3 820 m, je me suis offert un lever de soleil en flânant le long du lac. De quoi y voir presque le félin (titi) aux yeux de flamme (qaqa). Mais l’occasion surtout de vivre un moment exceptionnel, hors du temps, et de s’y perdre même, dans tous les sens du terme, avant qu’un jeune pêcheur me raccompagne. Visiter le Pérou, c’est aussi forcément, se rendre en son cœur, à Cusco dans la vallée sacrée. Ses trésors incas sont innombrables mais c’est véritablement une découverte du célèbre Machu Picchu (vieille montagne en quechua) qui m’en fait prendre conscience. Comment de telles pierres ont-elles pu être déplacées là-haut sur ces montagnes ? Patrimoine de l’humanité, l’une des sept nouvelles merveilles du monde reste un mystère, tout comme le sens véritable que les Incas ont voulu lui donner. C’est à l’aube que j’ai voulu m’imprégner de ce lieu mythique. Le matin, la brume est importante et le site est plongé dans une ambiance mystique. Il se laisse à peine découvrir à travers ses « nuages » pesants. Les touristes y sont peu présents et c’est donc vraiment le moment idéal pour ressentir toute l’âme de ce lieu. Au fil des heures, le ciel s’éclaircit, le soleil rayonne et le site inca retrouve ses touristes et ses allures plus « habituelles ».

Patience et attention en Amazonie

Le regard change, s’affûte, si l’on prend la peine de découvrir ce pays en sortant des sentiers battus...La fin de mon voyage se termine donc dans la selva, la région de végétation tropicale -59 % du territoire pour 12 % de la population. En atterrissant à Puerto Maldona, je goûte rapidement au fort taux d’humidité de l’Amazonie. Là aussi, je découvre des paysages que je n’aurais pas imaginé trouver au Pérou : les barques sur l’Amazone, la jungle, les plantes médicinales, les arbres tropicaux, les insectes, les papillons … et les moustiques ! Dans cette nature-là, c’est la loi du plus fort et la forêt réserve son lot d’imprévus. Mais avec patience et attention, il est assez simple d’observer perroquets, singes, caïmans, mais surtout agréable de profiter des magnifiques couleurs des couchers et levers de soleil. Revenir d’un tel voyage, c’est donc garder de nombreux paysages et visages en mémoire. Le Pérou est une terre variée, un pays aux milles facettes et cultures où les difficultés de vie nous font forcément relativiser sur notre vie de tous les jours. Le regard change, s’affûte, si l’on prend la peine de découvrir ce pays en sortant des sentiers battus, proposés par les circuits touristiques « classiques » et surtout en gardant les yeux ... grands ouverts !

Texte et Photos Simon Daval

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