Au détour du web, presque par hasard, surgit une promotion sur des vols low cost. L'Etna ayant manifesté son activité récemment l'occasion est trop belle : direction la Sicile, accompagné d'Emma.
A peine sortis de l’avion, le soleil et les températures quasi estivales nous mettent dans l’ambiance. En décollant de Bruxelles, par un début de Février aussi froid que pluvieux, le contraste est frappant. Cap sur l’Etna : crampons accrochés au sac, 9 jours de nourriture et de matériel de bivouac dans le dos.
L’Etna, intense, entre glace et vapeur.
Après une nuit chaotique dans un chantier de Catane où le doux bruit d’un marteau-piqueur nous sort délicatement des bras de Morphée, nous enchaînons les bus et arrivons au pied du volcan... le lendemain ! En-haut de la télécabine, à 2500 mètres, dans les nuages, battus par un vent impitoyable et des rafales de neige mêlée de grêlons, nous essayons nos crampons encore flambants neufs. Quel plaisir de les chausser et de revêtir gants, micro-polaire, polaire et veste imperméable : autant de kilos de moins sur le dos pour affronter les éléments ! Une demi-heure de marche plus tard, un garde du parc nous annonce que la télécabine ramenant à l’unique navette quotidienne va fermer à cause de la violence des rafales. Il nous prie de quitter les lieux, soutenu par des gendarmes locaux dont la tâche consiste à vérifier qu’il ne reste aucun touriste au sommet. Prétextant vouloir descendre à pied plutôt qu’en télécabine nous nous éclipsons et nous éloignons afin d’essayer de planter la tente dans la tempête en attendant l’anticyclone annoncé.

Pauvre tente posée sur la glace, fouettée par la neige qui tombe à l’horizontal, malmenée par un souffle glacial à 80 km/h dans les -10°C extérieurs. Solidaire du combat que livre ma courageuse tente, je ne trouve le sommeil que très difficilement. Au petit matin cependant le soleil dévoile un ciel pur et un horizon magnifiquement dégagé. A -5°C dans notre abri de toile, il suffit de brosser les sacs de couchage et les vêtements pour en faire tomber le givre qui les recouvre. Le petit-déjeuner sera des plus vivifiant : muesli sur son lit de glaçons. Qui a dit que la Sicile était un pays de chaleur ?
Après une nuit glaciale, un petit-déjeuner givré, nous approchons la terre en fusion.
La journée splendide qui s’annonce nous fait vite oublier les précédentes nuits, plutôt inconfortables. Durant la montée, les jeux de lumières entre la Méditerranée au loin, la couverture nuageuse cotonneuse au-dessus et les glaces permettent quelques beaux clichés. Vers le sommet, le sol se réchauffe, l’activité magmatique se fait plus visible : des nuages de vapeurs se condensent sur le moindre support solide, que le vent glacial solidifie instantanément. Partout la neige est sculptée par la force d’Eole, le froid de l’air et la chaleur du sol : des pics, tunnels, dentelles ou plates-formes de glace s’érigent partout. Les paysages sont superbes et les contrastes intenses : le noir des roches lutte contre la blancheur de la glace, le froid mordant (-20°C) semble combattre la chaleur interne du volcan...
Les îles Eoliennes : Vulcano souffré et Stromboli explosif.
Sans prévision météo valable (les dernières remontent à 48h et ne se sont pas avérées justes), nous décidons de poursuivre le voyage vers des contrées plus chaudes.A quelques kilomètres de là, les îles Eoliennes nous offrent un havre de paix reposant. Vulcano abrite, selon la légende, les forges de Vulcain où ce dernier forge les armes de Zeus (les fameux éclairs). Le volcan nous offre une nuit de sommeil réparateur, agrémenté -luxe ultime- d’un brin de toilette matinale dans les sources thermales bien chaudes. Du haut de son cratère des panaches gigantesques de souffre se dégagent. Etouffés et aveuglés par ces fumées piquantes nous abandonnons l’idée de faire le tour du cratère. C’est une expérience marquante que de se retrouver dans cette espèce de bombe lacrymogène géante sans plus aucun repère.

Stromboli est en fait un charmant petit village de pêcheurs servant de débarcadère à cette île-volcan si célèbre. L’été ce lieu paisible et accueillant doit être bondé de touristes et doit crouler sous les déchets et les billets de banque. Nous avons eu la chance de voir Stromboli sous son vrai visage, où tous les habitants croisés nous souhaitaient un chaleureux « Buon Giorno », et où nous nous sommes ravitaillés en eau et offerts un morceau de fromage local dans une minuscule échoppe où l’on trouve un peu de tout mais surtout de la chaleur humaine. Pas de voitures sur l’île, uniquement des Vespa ou des voiturettes de golf dont la plupart sont garées, clés sur le contact. L’atmosphère est détendue, sereine, malgré le risque volcanique permanent. L’ascension du volcan requiert la présence d’un guide habilité. En Février cependant, aucune agence touristique ne semble ouverte. Nous tentons donc la grimpette seuls mais rencontrons finalement sur le chemin un guide particulièrement sympa qui, plutôt que de nous chercher des noises (l’amende s’élève à quelques centaines d’euros), nous conseille sur l’itinéraire à prendre jusqu’au cratère. Là-haut le spectacle, tant visuel qu’auditif est magique, intemporel. Les explosions de lave sont accompagnées d’un grondement profond et sourd venant du sol : un son que je ne saurais oublier, ni décrire. Assister aux éruptions, la nuit, sera le clou du voyage. Les locaux surnomment le volcan « Iddu », ce qui signifie « lui ». C’est bien la preuve que, même dans une société moderne on peut accepter la nature plutôt que de la combattre. A méditer…
Texte et photos : Rémy Fleury


