La petite vadrouille en vélo

Rando-vélo hivernale entre Rambouillet et Sillé-le-Guillaume

Etalée sur la table du salon, la carte routière de l’ouest français, lisse et plane, laissait à penser que les prochains jours me feraient l’effet d’une promenade de santé. Une sorte de remise en forme avant le printemps. Trois étapes suffiraient pour relier Rambouillet à Rennes. 110 kilomètres par jour, une bonne moyenne, mais vu le relief peu accidenté de ces contrées, je devais tenir le rythme...

Etalée sur la table du salon, la carte routière de l’ouest français, lisse et plane, laissait à penser que les prochains jours me feraient l’effet d’une promenade de santé. Une sorte de remise en forme avant le printemps...

Etalée sur la table du salon, la carte routière de l’ouest français, lisse et plane, laissait à penser que les prochains jours me feraient l’effet d’une promenade de santé. Une sorte de remise en forme avant le printemps. Trois étapes suffiraient pour relier Rambouillet à Rennes. 110 kilomètres par jour, une bonne moyenne, mais vu le relief peu accidenté de ces contrées, je devais tenir le rythme. Pourquoi Rambouillet ? Parce que quiconque a tenté de sortir de Paris à vélo connaît l’énorme perte de temps et le peu d’intérêt que représente une telle entreprise. La seule solution est de faire les premiers 70 kilomètres confortablement assis dans le compartiment d’un train de banlieue. Pourquoi Rennes ? C’est un point de chute familial. Non, la vraie question est : pourquoi partir à vélo en plein mois de février, au creux de l’hiver, alors que tous les météorologues s’accordent pour dire que la semaine à venir devrait établir des records en matière de pluie et de froid ? Deux mois après cette petite virée française, je n’ai toujours pas trouvé de réponse décente. Disons qu’il fallait que je me dégourdisse les jambes. J’avais aussi reçu, quelques jours plus tôt, un colis de Pologne qui renfermait un nouveau modèle de remorque à vélo, « l’Extrawheel », que certains lecteurs d’Atacamag connaissent déjà. Ces quatre jours de randonnée à vélo allaient être l’occasion de mettre le matériel à l’épreuve. (lire notre encadré sur « l’Extrawheel » plus loin).

Première étape : Rambouillet – La Loupe
Après avoir officialisé le départ, au moyen d’une photo, devant les grilles du château de Rambouillet, je prenais la route vers l’ouest. Route D906, Epernon, Maintenon…

Il y avait de quoi être optimiste : malgré la neige qui jonchait les plaines et les champs agricoles, malgré les écharpes de pluie glacée qui tombaient en diagonale sur l’horizon, j’avançais rapidement à travers la campagne, traversant de charmantes petites villes aux rues pavées. Mais dès l’après-midi, j’attaquais les grands espaces désolés de la Beauce, tristes, plats et balayés par un vent d’ouest de 20 ou 30 km/h que je prenais de face. Les 15 kilos de bagages que je tirais dans ma remorque se faisaient déjà sentir depuis un moment, mais face au vent, c’est le moral qui en a pris un coup. J’ai traité le vent de tous les noms possibles et imaginables, je n’avais que ça à faire de toute façon. Et puis j’avais le temps. A 15 km/h de moyenne, la Beauce m’a paru interminable. Pourtant, jusqu’au milieu de l’après-midi, je pensais encore atteindre la ville de Bellême, dans le Perche. La belle illusion… 50 kilomètres plus loin, sur une route forestière encombrée de neige, je m’arrêtais, me demandant soudain ce que je faisais sous un ciel aussi menaçant et glacial. C’est à ce moment-là qu’il arriva vers moi, à vélo. Un gars d’une quarantaine d’années qui s’arrête à ma hauteur, me détaille des pieds à la tête, avant de me demander, amusé, ce que je faisais là. Je lui raconte, il m’invite illico chez lui, à La Loupe, une petite ville à mi-chemin entre Chartres et Nogent-le-Rotrou. Après dix minutes de pédalage sous une pluie battante, je me retrouve confortablement assis dans le canapé du salon, à écouter un album des Pink Floyd, en compagnie de Jean-François et sa femme Claire. Lui est facteur à la Poste de La Loupe, elle est secrétaire au collège voisin. Ils sont tous deux passionnés de cyclo-randonnée, Jean-François a d’ailleurs traversé trois fois le continent africain sur son vieux vélo. Nous passons la soirée à détailler leurs itinéraires sur d’immenses cartes routières d’Afrique. Les deux petites, 8 et 10 ans, sont sages et regardent silencieusement le grand inconnu qui est venu partager leur repas du soir. On parle aussi de la crise, un peu. Elle touche la ville de plein fouet.

Deuxième étape : La Loupe – Beaumont-sur-Sarthe
Le lendemain matin, je quitte mes hôtes et commence par 5 ou 6 kilomètres de descente vers Bretoncelles, la porte d’entrée du Parc régional du Perche. Température extérieure : -3°C.

C’est la première fois que je glisse sur des plaques de verglas en vélo. D’ailleurs je ne suis pas le seul. Dans un virage, une voiture s’est installée dans le fossé et une autre arrive en zig-zag, toutes roues bloquées, droit sur moi, avant de s’immobiliser à quelques mètres de ma roue avant. Faites du vélo en hiver, je vous dis !... La matinée et le début d’après-midi se déroulent agréablement, le soleil est de sortie et la neige commence à fondre doucement dans les champs alentours. Je franchis lentement les douces pentes des collines du Perche, village après village, sur les étroites « départementales ». Je suis absolument seul. Pas un vélo, bien sûr, mais pas une voiture non plus. Personne. Quelques visages aux fenêtres, parfois. La France profonde. En fin d’après-midi, une chaude lumière éclaire la campagne. La température, elle, reste glaciale. Pas question de piquer la tente, que je transporte pourtant depuis Rambouillet… A Beaumont-sur-Sarthe, je trouve un B&B super luxe, un vieux manoir retapé au somment d’une colline qui domine le territoire du Perche. Dans les rues désertes du centre-ville, je déniche un restaurant ouvert pour mon dîner solitaire. L’ambiance n’est franchement pas terrible, mais bizarrement j’aime bien ces moments-là, coupés du monde et du train-train quotidien. Finalement les instants solitaires ne sont pas si fréquents, autant en profiter…

Troisième et dernière étape : Beaumont-sur-Sarthe – Rennes.
Un coup d’œil derrière le lourd rideau de tissu annonce les festivités du jour : neige et blizzard. Les bourrasques sont violentes et dessinent des traits horizontaux sur l’arrière-plan d’une forêt gesticulante.

« Pas un temps à mettre un cycliste dehors », me dit la tenancière du manoir. Je suis assez d’accord avec elle. A 11h du matin, pourtant, il faut y aller. Il neige toujours en diagonale, je consulte donc les horaires de train de la gare la plus proche. TER à Sillé-le-Guillaume puis TGV vers Rennes. Commencent alors 25 km de route sinueuse à travers la campagne, vent de face, bourrasques de neige aveuglantes, le Grand Nord quoi ! La sacoche avant est bientôt recouverte d’une couche de 3-4 centimètres de neige… Faire du vélo en hiver, je confirme, est une expérience ! A tenter… et on veut le récit !

Par Pierre Gouyou Beauchamps