Le Feu sur la Montagne,

Par Edward Abbey, Editions Gallmeister

Mots clé associés : Amérique du Nord Littérature Edward Abbey

John Vogelin habite un ranch isolé aux confins du Nouveau-Mexique, au bout d’une interminable piste de terre. Sous le soleil implacable de l’ouest, rien ne pousse, ou presque : quelques tamaris dans le lit des torrents asséchés, deux-trois yuccas géants, à peine de quoi nourrir le troupeau d’une centaine de vaches qui vagabondent aux alentours de la propriété.

Sous la fournaise de midi, l’intégralité des espèces vivantes, hommes et animaux, doivent trouver refuge pour ne pas brûler sous le cagnard. A priori, franchement pas un endroit attachant. Et lorsque le gouvernement des Etats-Unis propose à John 75 000 dollars au titre d’une expropriation, afin que l’Armée procède à des tirs de missiles, on se dit que le bonhomme est chanceux. Qu’il devrait prendre l’argent et filer se bâtir un autre ranch sous des cieux plus cléments. Sauf que John est un vieillard irascible, borné, buté, et qu’il se battra jusqu’au bout pour sauver sa propriété, héritée de son père et de son grand-père avant lui.

Raconté à travers les yeux de son petit-fils Billy Vogelin Starr, qui passe tous ses étés sur la propriété de son grand-père, ce western du XXe siècle regroupe toutes les composantes classiques des westerns américains : suspens, loyauté envers les ainés, défiance envers la justice et le diktat des instances nationales, amour de la liberté incarnée par les grands espaces désertiques. Peu importe que les terres du ranch soient impossibles à cultiver, peu importe, moralement, qu’elles aient été volées aux indiens Apaches, peu importe que, comme lui dit son ami Lee Mackie, la raison aille contre le vieux John. Le code d’honneur surpasse toute raison et régit l’esprit contestataire du vieillard. Soutenu par son petit-fils idéaliste et une carabine qu’il ne lâche jamais, John reste droit dans ses bottes de cowboy et ne laissera pas l’US Air Force lui voler son ranch.

Edward Abbey, figure emblématique de la littérature de l’Ouest américain, icône de la contre-cuture et porte-drapeau des luttes contre la défiguration du désert – le Gang de la Clé à Molette en est l’un de ses plus fameux manifestes, signe là un western poignant, où l’incompréhension du lecteur vis-à-vis de l’attitude de John passe tour à tour par l’amusement, la perplexité, l’énervement, la compassion, sans jamais sous-estimer son amour pour ses terres désolées. Le Feu sur la Montagne fait partie de ces bouquins que l’on referme avec la farouche envie de se battre pour préserver les espaces encore sauvages, et les esprits encore libres…

Pierre Gouyou Beauchamps

La première phrase

"Lumineux, lumineux Nouveau-Mexique."


Le Feu sur la Montagne, 200 pages, Editions Gallmeister, 1962, traduction française 2008.

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