Patagonia 2009 : kayak entre mers et montagnes

De Punta Arenas à Coyhaique, au coeur des fjords patagons, à bord de deux kayaks, un périple de plus de 2 000 km.

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De Punta Arenas à Coyhaique, au coeur des fjords patagons, à bord de deux kayaks, Alexandre et Inti partent plusieurs mois pour un périple de plus de 2 000 km. Au-delà de l'aventure sportive d'une rudesse extrême, ce sont les rencontres qui vont marquer le plus nos deux aventuriers. Par Inti Salas Rossenbach et Alexandre Chenet

Le 8 mai dernier nous prenions la mer à Rio Verde, à quelques kilomètres de Punta Arenas, ville du détroit de Magellan. C’est à bord de deux kayaks monoplaces que nous nous lancions dans la découverte des canaux de Patagonie, côté Pacifique.

Il faut imaginer cette contrée comme une myriade de canaux et de fjords, séparés par des milliers d’îles et d’isthmes. Nous sommes en mer, et pourtant nous longeons des montagnes. La neige, à quelques dizaines de mètres au-dessus du niveau de la mer, côtoie les algues et les dauphins. Il faut imaginer des vents d’une extrême violence qui se faufilent dans les canaux, et lèvent parfois une mer mauvaise en quelques instants. Il faut imaginer des paysages grandioses et impressionnants, qui semblent vouloir faire payer au visiteur sa témérité. Ou, rarement, lui offrent quelques jours de calme inespéré.

Si la pratique du kayak et les conditions maritimes particulièrement difficiles en ces lieux imposent une dimension sportive à l’aventure, celle-ci n’est pour nous qu’un moyen de découvrir, vivre et comprendre la vie qui règne ici. Les rencontres avec des gauchos, cow-boys travaillant dans les estancias, fermes d’élevage aux immenses territoires, avec des saisonniers, immigrés de l’intérieur, véritables prolétaires dans des usines de conditionnement de poisson, ou avec les pêcheurs d’oursins vivant pendant des mois à bord de leur bateau, perdus dans les canaux à plusieurs centaines de kilomètres de leur famille sont les véritables moteurs du voyage.

Après déjà plus de deux mois de mer, nous prenons petit à petit le pouls de cette vie qui se cache dans les canaux. Ceux que nous avons croisés nous ont parlé de leur environnement et de cette incroyable météo, d’une instabilité déroutante, où s’enchaînent pluie, neige, vent, grêle, soleil et tempête. Chacun nous a parlé d’un certain sentiment de liberté lorsqu’il travaille en ces endroits si loin de tout, souvent sans chef, ou a des rythmes saisonniers qui ne les engagent pas.

Par nos milliers de coups de pagaies nous sommes en train de glisser derrière nos propres cartes postales, glaciers, soleils, dauphins jouant autour des kayaks et ports de pêche bigarrés.

Mais chacun a aussi mis en exergue l’exploitation permanente que sous-tendent les modèles économiques à l’œuvre en ce bout du monde. L’exploitation moderne, celle qui joue avec la peur du chômage pour les travailleurs des usines de conditionnement, qui force à accepter la précarité en guise de liberté pour les pêcheurs, qui fait mine de proposer une aide quand elle force une personne de 69 ans à travailler pour arrondir sa retraite dans une estancia. L’exploitation internationale et multinationale enfin, quand le produit de la pêche ou de l’élevage est entièrement destiné à l’exportation, les produits revenant ironiquement trop cher pour le consommateur patagon.

Par nos milliers de coups de pagaies nous sommes en train de glisser derrière nos propres cartes postales, glaciers, soleils, dauphins jouant autour des kayaks et ports de pêche bigarrés. En cette extravagante et fascinante géographie, celle que nos meilleures photos ne permettent pourtant que d’imaginer, la rudesse des conditions nous impose et nous permet de mettre en exergue des logiques qui, finalement, nous ramènent chez nous, en France, aux mêmes problématiques qui agitent nos vies de tous les jours.

Site web : www.patagonia2009.com