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Death Valley, au pays des pierres qui bougent …

Death Valley, au pays des pierres qui bougent …

Fév 13, 2016

Au milieu du lac asséché, les repères visuels ont disparu. Plus aucun objet à proximité sur lequel poser le regard. La surface de terre calcinée, plate comme une table de billard et dure comme de la pierre, s’étend en toutes directions vers les montagnes minérales qui semblent léviter au-dessus des vibrations de chaleur. Il est bientôt midi et la température doit frôler 40°C. A mes pieds, le sol est découpé en millions de polygones de la taille d’un poing, motif répété à l’infini jusqu’à se fondre en une couleur beige unie. J’ai beau marcher depuis dix minutes sur cette étendue désertique, je n’ai pas l’impression d’avoir avancé d’un mètre. Pire, j’ai l’impression de tituber. Surement un mauvais tour de l’oreille interne : pas de repères visuels, pas d’équilibre…

La Vallée de la mort

Vallée-de-la-mortJ’ai l’étrange sensation de marcher les yeux fermés. Apparaissent alors les marques du phénomène mystérieux auquel Terry Baldino, ranger au Visitor Center de Death Valley, faisait allusion ce matin : une série de longs sillons tracés sur la surface de terre, avec, au bout de chacun d’eux, une pierre. Certains sillons sont rectilignes, d’autres courbes, d’autres encore tournent à angle droit ou font demi-tour à 180°. Vu du dessus, je suis sûr que la scène ressemble à un ciel lacéré d’étoiles filantes en état d’ivresse. La taille des pierres –on en compte 150- varie du simple caillou à l’énorme bloc de plus de 300 kilos.

Au premier coup d’œil, le visiteur est forcé d’admettre, même à contrecœur et contre toute logique, que les pierres se sont déplacées et semblent faire la course en plein désert. Personne, pourtant, n’en a jamais été témoin.

L’endroit porte bien son nom : The Racetrack – la piste de course. Au premier coup d’œil, le visiteur est forcé d’admettre, même à contrecœur et contre toute logique, que les pierres se sont déplacées et semblent faire la course en plein désert. Personne, pourtant, n’en a jamais été témoin. En limite nord du Racetrack, un morceau de roche érodée de 22 mètres de haut forme une île au milieu du paysage plat. Grandstand –la grande tribune- ressemble au sommet d’une montagne engloutie dans un océan de sédiments. On imagine une situation improbable dans laquelle des spectateurs guetteraient, du haut de leur promontoire, la course effrénée des pierres zigzagantes.

Au nord-ouest du parc national de Death Valley, le Racetrack est isolé du monde par 45 kilomètres de mauvaise piste caillouteuse, ravagée par les inondations-éclairs –les flash floods, bien connue dans les déserts du sud américain- et aplanie chaque année par la lame d’un bulldozer. La surface plane où les pierres font des parties de glissade, longue de 4,5 kilomètres sur 2 de large, avait mis toutes les chances de son côté pour devenir un lac : encerclée de montagnes, l’eau pouvait en effet s’y accumuler. Mais Death Valley est l’un des lieux les plus chauds de la planète – un maximum de 57°C en 1913 à Furnace Creek- et le taux d’évaporation extrême décourage toute tentative de stagnation des eaux de pluie.

A peine en contact avec le sol, l’eau liquide repart dans les airs sous forme de gaz … Seuls huit à dix petits centimètres de précipitations s’abattent chaque année sur cette région du sud de la Californie, protégée par une succession de chaînes montagneuses. Selon les scientifiques, ces pluies sporadiques seraient à l’origine du ballet des « pierres qui bougent ». Depuis les années 1950, ils sont nombreux à avoir campé ici, des semaines durant, les yeux rivés sur les pierres dans l’espoir de percer le mystère qui les entoure. L’origine des pierres, elle, est évidente : elles dévalent la pente d’une petite montagne d’environ 300 mètres de hauteur située en limite sud du Racetrack. De quelle façon entament-elles leurs digressions ? La question reste sans réponse officielle.

Le site a été truffé de capteurs, les pierres ont été équipées de balises GPS pour suivre leurs mouvements à distance, tous les moyens imaginables ont été tenté. Une chose est sûre, les capteurs ont réussi là où l’œil humain a échoué : ils ont enregistré le mouvement des pierres. En 1968, les américains Robert Sharp et Dwight Carey entament une série de recherches et aboutissent à la théorie suivante : les tempêtes d’hiver ou les orages d’été inondent une partie du Racetrack. Une fine couche de terre se transforme alors en une boue extrêmement glissante et les vents, qui peuvent souffler à 150 kilomètres heures dans la région, mettent en branle les pierres. Une fois « détachées », il suffit d’un vent d’intensité deux fois inférieure pour maintenir le mouvement. Cette théorie fait l’unanimité aujourd’hui, bien que certains chercheurs restent encore sceptiques.

La formation d’une gangue de glace autour des pierres arrive en seconde position sur la liste des meilleures hypothèses et expliquerait, couplée aux vents violents, le dépassement des forces de friction. Mais comment expliquer que le déplacement des pierres sur le Racetrack, -qui remonte à une date relativement lointaine, le lac étant asséché depuis environ 10 000 ans-, n’ai pas créé un amoncellement sous le vent dominant ? Le mystère des « pierres qui bougent » a encore de beaux jours devant lui, sous le soleil de Death Valley.

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