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L’Australie occidentale et le Centre rouge

L’Australie occidentale et le Centre rouge

Mar 6, 2016

Un pays immense, riche en surprises et merveilles, tel le mythique Uluru rouge

Ce n’est qu’une fois le guide Lonely Planet entre nos mains que nous nous sommes rendus compte à quel point l’Australie est un pays immense et que nos 3 semaines prévues ne nous permettraient que d’en voir un petit échantillon. Amoureux du désert et des grands espaces, notre choix s’est porté sur l’Australie Occidentale, immense état désertique et peu connu et, bien sûr, le centre rouge pour voir le fameux rocher Uluru (Ayers Rock) et ressentir l’ambiance du mythique Outback

UluruFin février, après 20h de voyage nous arrivons dans la ville de plus de 2 millions d’habitants la plus isolée du monde, Perth. Location d’une voiture et direction le nord. C’est la fin de l’été et le thermomètre affiche joyeusement 35°C à 9h du matin. Dès que nous nous arrachons à la banlieue tentaculaire de Perth en roulant un peu, la température augmente encore et la terre prend cette teinte rouge si typique de cette région. Un bref arrêt pour contempler ce paysage désolé, et nous reprenons la fameuse nationale 1 qui fait tout le tour du continent. La route s’écarte de l’océan et de sa brise salvatrice : nous venons de mettre les pieds dans un véritable four. L’air est totalement immobile, sec et brulant. Nous avons le sentiment que le moindre de nos gestes pourrait déclencher un incendie. La végétation est très étrange : le fameux bush australien, aussi sec que du petit bois et urticant. Aucun chant d’oiseau, aucun oiseau d’ailleurs, un silence total. L’impression d’être les derniers survivants après l’apocalypse. La route longe de nouveau l’océan (nous sortons du four) pour nous mener dans le magnifique parc des Pinnacles. Ce parc méconnu vaut le détour : des milliers de pierres façonnées par le vent, aux formes étranges et suggestives se dressent au milieu d’une étendue de sable doré et entourée de mystérieuses dunes de sable blanc.

C’est après le coucher de soleil que le destin nous offre la rencontre de notre premier kangourou vivant, entre chien et loup.

Nous profitons pleinement de cet endroit magique et isolé, où nous croisons peu de visiteurs. Même si nous en croisons beaucoup au cours de notre périple, les rencontres avec ces animaux si étranges que sont les kangourous font toujours naître en nous un sentiment d’émerveillement profond. Ce sont de très grosses bêbêtes qui mesurent jusqu’à 1,80. Ils sont très impressionnants et n’ont rien à voir avec les petits wallabies, sorte de kangourou miniature beaucoup plus mignon.

Les kangourous sont des animaux nocturnes même si on peut tout à fait en croiser de jour. Il est donc vivement déconseillé de conduire la nuit, les pauvres bêtes se jetant littéralement sous les roues des voitures et des énormes camions australiens. Les bords des routes sont de véritables cimetières à kangourous victimes des fameux road-train, ces immenses camion long de plusieurs dizaine de mètres (jusqu’à 50 mètres !) qui sillonnent le pays dans tous les sens, de jour comme de nuit, armés de part buffles géants. La rencontre régulière avec la faune sauvage donne une dimension particulière à notre voyage : kangourous, serpents, émeus, lézards géants, dingos, et j’en passe : chaque ballade nous fait vivre la magnifique émotion de se retrouver face à la vie sauvage, parfois inquiétante (serpents), parfois drôle (émeus) et toujours incroyable. La route continue de nous guider vers le nord, les paysages côtiers sont grandioses et les autres touristes particulièrement discrets, voire inexistants.

François Péron National Park

Nous arrivons tranquillement à Shark bay qui porte très bien son nom, il y a des requins partout. Cet endroit absolument magique abrite le sublime François Péron National Park. Sur cette péninsule isolée cohabitent deux « villes », la vraie ville Denham (1500 âmes) avec ses autochtones teigneux et brûlés par le sel et le soleil, et Monkey Mia, immense station qui « vend » la présence des dauphins. J’avais un horrible apriori sur Monkey Mia et c’est pourtant là que j’ai vécu un de mes meilleurs souvenirs. Après avoir pris notre chambre, un réduit clinique sans climatisation où nous partageons la salle de bains avec deux petites asiatiques terrorisées par notre présence, nous sommes seulement capables de nous poser sur la plage avec une bonne bière bien fraîche, la fatigue et la chaleur de la route ayant eu raison de nous. C’est là que nous assistons au plus beau coucher de soleil et au plus beau lever de lune de notre vie : le soleil se couche parfaitement en face de la pleine lune qui se lève. La platitude de cette lagune permet de voir les moindres détails et les dernières couleurs jusqu’à la nuit noire. Tout émerveillés par ce fabuleux spectacle nous commençons à apprécier l’endroit : le calme de la nuit, la pleine lune et la légère baisse des températures. Seuls, assis dans le sable, un léger bruit d’eau et de glissement attire notre attention : trois dauphins glissent à la surface de l’eau à 2 mètres de nous, seulement éclairés par la pleine lune. Un grand moment !

Le lendemain, visite du parc national François Péron. Ce parc très étonnant porte le nom d’un naturaliste français qui a exploré la péninsule en 1801.

L’accès au parc est payant mais aucun rangers à l’entrée, seulement un plan et une petite boîte dans laquelle on glisse son droit d’entrée, à la confiance. Cet endroit unique au monde est d’une beauté époustouflante : une lagune où se mêlent la terre rouge, le sable blanc et l’eau turquoise dans un silence absolu et sous une chaleur implacable. Big Lagoon est l’occasion d’une baignade merveilleuse, malgré la dizaine de panneaux de danger indiquant la présence de méduses, de serpents et autres gentilles bestioles de ce genre. Disons que nous avons eu de la chance sur ce coup là. Nous avons été moins chanceux quand une des roues de notre 4X4 a littéralement explosé sur un rocher caché dans le sable. Ce parc se visite uniquement en 4X4, les pistes sont sableuses et difficiles. Perdus dans cette brousse hostile, un miracle nous a permis d’appeler à l’aide car changer une roue sur cette engin était tout bonnement impossible. Je ne peux que conseiller vivement de visiter cet endroit accompagné d’un guide et chauffeur pour en apprécier la beauté en toute tranquillité.

En allant prendre de l’essence à Denham, j’aperçois une pancarte écrite à la main indiquant que la route que nous devons prendre le lendemain est coupée à cause des feux de bush. Nous voilà bloqué dans cet endroit perdu et écrasé par le soleil pour une journée de plus. Passé la contrariété d’avoir à changer nos plans, nous prenons finalement notre parti en nous disant qu’être bloqué au bout du monde face à l’océan indien n’est finalement pas une épreuve trop insurmontable. La chaleur devient de plus en plus éprouvante, un catamaran part faire une ballade en mer, pourquoi ne pas essayer ? Et c’est comme ça que nous passons un de nos meilleurs moments en Australie. C’est la saison creuse pour le tourisme pour cause de grande chaleur à cette époque, le bateau est vide. Le capitaine nous offre un moment de pure liberté : cet homme d’une cinquantaine d’année, les cheveux longs grisonnants et le visage brûlé par le soleil, est l’heureux croisement d’un aventurier et d’un hippie. Profondément sympathique, totalement amoureux de sa région, il nous explique à quel point il est le plus heureux des hommes à naviguer tous les jours dans cette lagune qu’il connaît par cœur. Les eaux peu profondes et très pures permettent une très bonne observation de la faune aquatique, très riche. Nous avons la chance d’observer des tortues de mer, des raies manta, de très nombreux requins, des dauphins en pleine séance de pêche au thon, des bancs entier de thons énormes sautant hors de l’eau et des serpents de mers particulièrement dangereux et gracieux. Nous longeons la côte du François Péron NP. C’est une véritable orgie de couleurs vives : l’eau verte, le sable blanc, la terre rouge vif et le ciel d’un bleu profond. La lumière est sublime et pure malgré la chaleur intense. Puis, étant donné notre petit nombre, notre capitaine nous propose de sauter à l’eau nous rafraichir. Vu le nombre de bestioles peu sympathiques croisées, je suis quelque peu sceptique et je me permets de lui demander si tout ça n’est pas un peu dangereux sur les bords, il me répond simplement : « un peu ». Il m’explique ensuite que les requins que nous avons croisés ne sont pas bien gros et que les serpents de mer aussi venimeux qu’ils peuvent l’être sont de fieffés trouillards. Son acolyte, un jeune gars de deux mètres tout en muscles se jette à l’eau. Il a un physique à égorger un requin à mains nues : rassurés par sa présence, nous nous jetons à l’eau comme un seul homme. Notre capitaine reste à bord pour surveiller l’éventuelle arrivée d’une meute de requins assoiffés de sang. L’eau est un délice, l’impression de danger la rendant plus précieuse encore, je n’oublierais jamais ce moment.

Direction le Centre rouge

Nous avions réservé un vol intérieur pour Alice Spring, impossible d’aller en Australie sans voir Uluru ! Et il s’avérait qu’il y avait d’autres coins intéressant à visiter par là-bas. A notre arrivée sur ces terres encore plus désolées et désertiques, nous sommes frappés par la présence de véritables nuées de mouches.

Ces petites mouches noires sont d’insupportables insectes qui n’ont comme unique but dans leur courte vie que de se poser dans vos yeux, votre bouche, et d’entrer dans vos oreilles ou votre nez. Nous avons donc été condamnés au port du filet anti-mouches, un accessoire de toute beauté, sexy en diable. Heureusement le moindre souffle de vent les disperse et la nuit elles ont le bon goût de dormir. C’est d’ailleurs très impressionnant d’être complètement harcelés par des nuages de mouches, puis à l’instant même où les derniers rayons du soleil disparaissent derrière l’horizon, celles-ci se désintègrent mystérieusement comme si la nature usait d’un interrupteur magique. Nous prenons la route, décidés à faire une boucle au milieu de ce no man’s land pour randonner dans les quelques timides reliefs de ce plat pays. Nos aventures débutent dès la sortie de l’aéroport : la région pourtant connue pour sa sécheresse quasi permanente est en partie inondée. La saison des pluies qui fait rage au nord du pays à cette époque de l’année dévie parfois de son parcours et vient arroser le désert. Notre première halte est prévue au bout d’une route en partie inondée de plus de cent kilomètres. Le soleil entame sa descente mais nous décidons quand même de passer ces torrents au petit bonheur la chance.

L’eau monte tout de même jusqu’aux fenêtres et notre pauvre 4X4 peu habilité au tout-terrain a bien failli rendre l’âme à plusieurs reprises. Après beaucoup de cascades et d’énervements, notre route s’arrête brusquement pour se transformer en une piste boueuse et défoncée juste à l’endroit de notre refuge : un motel improbable resté bloqué dans les années 70. Ce motel est tenu par un couple digne de figurer dans un western des frères Cohen : elle, âge indéterminé, petite et blonde, tient absolument à me montrer sa collection d’insectes à moitiés morts qu’elle conserve précieusement dans un tupperware dans le frigo du bar, lui, grand type maigre, qui a l’air de fuir quelque chose, balaye inlassablement le sol couvert d’insectes de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Les inondations soudaines ont fait naître une pléiade de bestioles sautantes et volantes. Et elle de s’amuser à ramasser les spécimens les plus gros ou les plus colorés pour enrichir sa drôle de collection. Nous sommes attablés devant notre steak de kangourou, quand un des employés débarque avec un serpent enroulé sur le bras, il l’a trouvé sur le toit et voulait absolument le montrer à tout le monde. Le serveur, qui nous sert la bière, a tout du surfeur qui se serait trompé de chemin, mutique, il ouvre seulement la bouche pour dire « ok mate ». Pour aller dormir, il faut sortir du bâtiment principal et suivre un petit chemin en béton. Tout est littéralement couvert d’insectes (scarabées, sauterelles énormes, papillons de nuit…). Il est impossible de faire un pas sans en occire une dizaine, avec ce petit bruit de biscotte écrasée si caractéristique. Une première soirée incongrue et surréaliste dans cette région de fin du monde. Si un jour j’ai à fuir la justice, je viendrai me réfugier ici.

Uluru et rencontres aborigènes

C’est dans le centre rouge que nous commençons à croiser de nombreux aborigènes qui, malheureusement, vivent dans une misère épouvantable.

Les MacDonnell Ranges qui traversent la région n’ont que peu d’intérêt et après avoir randonné gentiment nous reprenons la route pour Uluru en passant par la très belle Rainbow Valley, site isolé (mais tout est isolé ici) au bout d’une piste entourée d’arbres fantomatiques. La communauté d’aborigènes à qui appartient le parc d’Uluru n’est absolument pas présente. Les hôtels ne sont pas tenus par les aborigènes comme je l’avais imaginé (par exemple aux Etats-Unis, Monument Valley, propriété des Navajos est tenue par les Navajos). Toutes les possibilités de logement sont limitées à un gros complexe hôtelier perdu au milieu de nulle part. Tout est très encadré, délimité et balisé.

La plupart des terres sont clôturées et interdites d’accès car sacrées. Ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais. Mais ces désagréments sont vite oubliés quand on se retrouve face à Uluru, ce rocher mythique qui mérite sa réputation : étrange et majestueux, il se dresse au milieu de ce rien infini qu’est l’Outback. On est frappé par sa couleur, sa matière presque métallique et par son côté rassurant, il offre un abri et un refuge au milieu de ce pays sans ombre. A quelques km de là se trouvent les Kata Juta, de gros rochers ronds et rouges encore plus anciens qu’Uluru et parfaitement sublimes. La randonnée qui les traverse est un grand moment, les paysages semblent sortir d’une autre époque et nous ne serions pas étonnés d’y croiser un ptérodactyle. Ces roches rouges et arrondies encerclent une petite vallée où la végétation est plus présente qu’à l’extérieur, comme une oasis toute sèche.

Nous marchons totalement seuls dans cette vallée bien nommée, vallée des vents, vents salvateurs qui, en plus de rendre la température supportable chassent les mouches qui nous suivent obstinément depuis Alice Springs. Après une heure de marche, un petit kangourou téméraire vient à notre rencontre pour nous observer. Surpris, nous restons immobiles pour faire durer cette rencontre muette et c’est là que nous voyons que ces buissons arides et silencieux abritent toute une colonie de kangourous qui, tout en vaquant à leurs occupations, c’est à dire manger, nous observent discrètement, essayant de mesurer notre degré de dangerosité. Nous nous sentons tous petits et pas du tout à notre place : impossible de survivre dans un endroit pareil ! Nous sommes juste de passage, et tolérés si nous sommes discrets.

De nombreux dingos vivent aussi dans cette partie du pays. Ces sortes de chiens jaunes sauvages rôdent aux abords des hôtels pour essayer de récupérer quelque chose à manger, mais il est strictement interdit de les nourrir pour ne pas perturber le fragile équilibre écologique des lieux. La nuit, leurs hurlements proches de celui des loups ajoutent à l’ambiance étrange qui règne dans ces hôtels perdus dans la poussière. C’est aussi dans les environs d’Uluru que nous croisons des dromadaires. Pour expliquer la présence incongrue des dromadaires, il faut savoir qu’ils ont été importés sur le territoire australien pour permettre aux explorateurs de s’enfoncer dans le désert de l’Outback, là ou les chevaux ne pouvaient résister aux conditions climatiques extrêmes. D’ailleurs les explorateurs n’ont, eux-mêmes, pas survécus à l’absence d’eau et au soleil de plomb, par contre les dromadaires se sont parfaitement adaptés à cet endroit considéré comme l’un des plus hostile du globe et sont tranquillement revenus à l’état sauvage. L’Australie est le seul pays au monde où l’on peut observer des troupeaux entiers de dromadaires sauvages.

Alice Springs est une ville sans intérêt et plutôt glauque, c’est le passage obligé pour se ravitailler car, passé cette étape, la moindre bouteille d’eau vous coûte une véritable fortune. A la fin de notre voyage, nous nous offrons une pause sur la très jolie Rottnest Island au large de Fremantle. Une île sans voiture, où nous louons des vélos pour en faire le tour. Une excellente journée à pédaler librement, à pique-niquer et à s’arrêter dans toutes les criques, toutes plus jolies les unes que les autres, pour faire un peu de snorkeling. Un petit paradis si ce n’est la présence d’énormes serpents noirs résolument dangereux qui nous rappellent bien que nous ne sommes pas en Corse mais bel et bien en Australie où, dans tous les lieux aux apparences paradisiaques se cache toujours une bestiole plus ou moins antipathique.

Aujourd’hui, milles images différentes ne seraient pas suffisantes pour évoquer toutes les sensations et les émotions vécues à travers ce voyage : la chaleur intense, la couleur rouge omniprésente, tout un tas d’animaux bizarres plus ou moins dangereux, les mouches, le silence et aussi l’impression d’avoir été à la fois au bout du monde et au milieu de nulle part.

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