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Les forêts des massifs corses

Les forêts des massifs corses

Fév 10, 2016

Après la côte, l’intérieur des terres : place à la fraîcheur des vastes forêts, des petits torrents et des cascades ! La Corse offre ici un visage bien différent de sa partie littorale, plus rude, plus reculé, plus mystérieux…

Le pastoralisme presque perdu de la haute vallée du Niolo

« La route grimpe en zigzags serrés, accrochés aux flancs du défilé rocheux de la Scala di Santa Regina. Mieux vaut bien négocier les virages : un écart et l’on se retrouverait illico dans le lit de la rivière Golo, 100 mètres plus bas…

vallée du NioloAprès une demi-heure de conduite (de pilotage !), la route débouche sur la large vallée du Niolo, centre historique de l’île, haut lieu du pastoralisme pour les bergers de l’île. Du moins jusqu’au milieu du siècle dernier. A l’époque, des familles entières transhumaient jusqu’ici, certaines parcourant, à pied, des distances faramineuses. Elles venaient du Cap Corse, de la région de Balagne, parfois même de plus loin. Pendant les mois d’été, elles s’installaient dans des « piazzile », des bergeries de pierre.

Le fromage était fabriqué et conservé au frais, puis redescendu dans les vallées au début de l’automne.

Le pastoralisme est aujourd’hui en déclin, les bergers sont de moins en moins nombreux à vivre de ces activités agricoles, et la montagne, hors-saison, se vide presque totalement. Les activités touristiques sont en train de prendre de l’ampleur, mais, selon Paul-André Acquaviva, président du Bureau des guides et accompagnateur en montagne, l’afflux de touristes en montagne n’a rien à voir avec celui qui sévit sur les côtes. « En général, les visiteurs passent une journée à l’intérieur des terres, histoire de fuir la chaleur du littoral. Nous avons aussi la visite des randonneurs du GR20. Mais les retombées économiques ne sont pas assez soutenues pour faire vivre la vallée. Nous essayons d’organiser des séjours de deux jours, avec une nuit sur place, mais ce n’est pas facile. La saison touristique, ici, ne dure que deux mois : juillet et août. Même si l’économie touristique fonctionnait, il reste à trouver une solution sur le long terme, pour éviter la désertification des hautes vallées… »

Les pozzines du Niolo

les pozzines du Niolo« La vallée du Niolo abrite la plus vaste forêt de l’île : plus de 4400 hectares, composés en majorité de pins laricio, endémiques de l’île.

Un paradis pour la balade. C’est aussi un chouette coin pour découvrir les pozzines, nom corse désignant les tourbières. Littéralement, « pozzi » signifie « trou d’eau », et « ine » fait référence aux formations alpines. Ecosystèmes fragiles, les tourbières sont des zones humides caractérisées par l’accumulation progressive de la tourbe, un sol où la matière organique, d’origine végétale, n’est peu ou pas décomposée.

On en trouve un grand nombre dans le Niolo, reliques de l’ère glaciaire, témoins de la présence d’immenses masses de glace qui descendaient jusqu’au littoral. »

La forêt de bandits de Vizzavone

forêt de VizzavonaLa forêt de Vizzavona, au centre de l’île, a longtemps été marquée par la présence de bandits. La légende raconte que, jusqu’à la fin du 19e siècle, il était de bon ton de rédiger son testament avant de s’y aventurer.

Le plus célèbre des brigands, Antoine Bonelli, dit Bellacoscia, trouva refuge dans la forêt après avoir été condamné à mort pour divers meurtres. Il y séjourna pendant 35 ans avant de se rendre aux autorités.

Intriguées, des touristes anglaises organisèrent des rencontres secrètes -et coquines- avec ces brigands, dans les années 1880.

D’où le nom de la Cascade des Anglais, que je découvre au terme d’un petit sentier qui longe la rivière Agnone. Le torrent rebondit de vasques en vasques avant de disparaître dans la masse verte de la forêt mixte de pins laricio et de hêtres. »

Les feux de la forêt de Bavella

« Au détour d’un sentier de la forêt de Bavella, à proximité du village de Zonza, une forte odeur d’incendie me parvient. Tout de suite après l’odeur, la vue d’une épaisse fumée ne laisse aucun doute : devant moi, la forêt brûle.

Les incendies, véritables fléaux pour les forêts corses, se déclarent en général pendant les chauds mois d’été. Le problème, c’est nous sommes au début du mois d’octobre et que cet incendie ne devrait pas exister.

Je poursuis donc mon chemin, et tombe nez-à-nez sur une équipe de sapeurs-forestiers en pleine session de brûlages dirigés. « C’est un moyen de lutter contre les incendies, m’explique l’un d’entre eux. En brûlant de manière contrôlée le bois mort tombé au sol et les repousses de végétation, on limite le départ de feux accidentels et leur propagation. On combat le feu par le feu. » Pendant une heure, la petite équipe met le feu à la forêt, à l’aide de bidons d’essence provenant des équipements forestiers états-unien et canadien. Ils incendient, je canarde. Avec mon appareil photo. »

La cascade de l’Ospédale

« Depuis qu’elle a été descendue en rappel par Nicolas Hulot et ses équipes de tournage pour l’émission Ushuaia, la cascade Piscia di Gallu est devenue la superstar de Corse, l’incontournable lieu de visite de la forêt de l’Ospédale.

Au sud du massif de Bavella, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Bonifacio, « Piscia di Gallu », contrairement aux apparences, ne signifie pas « pisse du cop », encore moins « pisse du gaulois », mais « la cascade du pin » !

Ce matin, comme les autres jours, aucun autre promeneur dans les environs. Le sentier descend en pente douce à travers une forêt dense de pins et de hêtres, avant de s’incliner plus fortement à l’approche de la cascade, que l’on ne découvre qu’au dernier moment. Le maigre torrent s’envole, 70 mètres au-dessus de ma tête, avant de finir sa course sur un grand rocher de couleur sombre, envoyant des nuages d’eau pulvérisée dans l’air frais du soir. »

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