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Printemps en Suède : le réveil d’un parc

Printemps en Suède : le réveil d’un parc

Fév 2, 2016

Voyage au coeur du parc national de Fulufjället

Perdu le long de la frontière norvégienne, le parc national de Fulufjället accueille généralement ses visiteurs pendant la saison estivale. C’est au printemps que nous avons décidé d’arpenter ce territoire sauvage, en compagnie du garde des lieux, Staffan Ericsson. Promenade dans les bois et les tourbières.

J’étais parti dans les premiers jours du mois de mai, au moment où, en France, les bourgeons sont déjà éclos, l’herbe redevient verte et les températures frisent les 20°C. En survolant la Mer du Nord encombrée de bateaux et de nuages bas, je savais qu’au Nord, le printemps avait tout juste pointé le bout de son nez et qu’il faudrait attendre encore un peu avant d’apercevoir du vert dans le paysage. L’objectif du voyage : découvrir un parc national suédois méconnu, le parc de Fulufjället, un territoire de taïga et de basses montagnes collé contre la frontière norvégienne, à quelques centaines de kilomètres au nord d’Oslo. L’étroite bande de bitume se faufilait entre les lacs et dans les sombres forêts de sapins, traversant des territoires immenses, inhabités et en pleine métamorphose.

La fonte des neiges alimentait les larges rivières dont le flot tumultueux charriait des particules de terre, arrachées en amont aux tourbières libérées de leur gangue de glace.

parc national de FulufjälletL’eau coulait partout. Les sous-bois, sombres et froids, étaient le dernier refuge de la neige qui avait recouvert la région lors des cinq derniers mois. Passée la frontière Norvége – Suéde, le sentiment de solitude devint encore plus présent. Les rares maisons qui jalonnaient les routes norvégiennes avaient définitivement disparues, laissant place à un no man’s land où la nature semblaient se développer sans entrave. « Semblaient », parce que les coupes à blanc de certaines parcelles de forêt laissaient à penser que les bucherons, pendant la saison estivale, jouaient de la tronçonneuse dans cette contrée reculée.

Staffan Ericsson, le garde du parc national, était un suédois bien bâti, grand, large d’épaule, blond, bien sûr. Il m’accueillit sur ses terres en ce début de printemps. Je l’avais prévenu de ma visite, et dès le lendemain, il m’emmenait découvrir le parc. « Fulufjället, en suédois, signifie « Montagne de Fulu », m’avait-il expliqué. Fulu, on ne sait pas trop ce que cela veut dire. Certains disent que c’est l’ancien nom de la rivière qui traverse le parc. » Cette rivière, encore à moitié recouverte de glace, nous l’avons suivie pendant une heure, au départ du centre pour visiteurs, absolument désert en cette saison. En remontant son cours, au milieu d’une forêt de pins sylvestres, nous sommes arrivés au pied de la fameuse montagne de Fulu.

Vieille, lisse, érodée par les glaces-bulldozers de la dernière période glaciaire, on aurait dit une montagne préhistorique. Pas plus de 200 ou 300 mètres plus haut que le plateau sur lequel nous marchons. Le sommet le plus élevé atteint 1044 mètres. Face à nous, dans une faille taillée dans le flanc de la montagne, la plus haute cascade de Suède, Njupeskär, se jetait dans le vide, chutait sur plus de 90 mètres avant de s’écraser sur les gros blocs de glace en contrebas. A moitié libérée de l’emprise du gel, la cascade semblait perdre sa mue, comme les animaux à cette époque de l’année. Plus haut, sur le vaste plateau de Fulufjället, les conditions étaient encore très hivernales. En quelques minutes, le temps s’est couvert et de grosses bourrasques de neige se sont mises à déferler sur la région. On repassait du printemps à l’hiver. Les cabanes de pêcheurs, installées au bord de l’un des trois petits lacs gelés, faisaient barrage à la petite tempête et nous nous sommes abrités sous une avancée de toit pendant quelques dizaines de minutes.

Nature sans entraves

parc-fulufjälletLe lendemain, la neige avait une nouvelle fois disparue. L’occasion, pour Staffan, de m’entraîner sur les traces des nombreux animaux qui peuplent le parc.

En cette saison, les ours sortent de leur tanière : les mâles d’un côté, les femelles avec les nouveaux-nés de l’autre. Par endroits, nous croisions, dans les sous-bois humides, des sortes de cuvettes d’un à deux mètres de profondeur, remplies de feuilles et d’aiguilles de pins, dans lesquels les plantigrades ont passé l’hiver. Sur la terre molle, des empreintes de pas trahissaient le passage récent de l’un d’eux.

Fulufjället renferme une grande population d’ours, comparé au reste du pays. Ils ont trouvé, sur ce territoire relativement à l’écart des routes et des milieux urbanisés, un écosystème sain et protecteur dans lequel les populations se développent rapidement. Une équipe de scientifiques est responsable du suivi de ces populations : trop d’ours dans la région pourrait devenir un réel problème, sachant que plus de 100 000 visiteurs fréquentent les sentiers de Fulufjället chaque année.

La journée de promenade fut interrompue par un violent orage de pluie. On rentrait chez Staffan, près du petit village de Sarna. Dans son chalet de bois, en surplomb au-dessus de la rivière Osterdalälven, il me racontait les cycles naturels de la forêt, les animaux qui la peuplent, la nouvelle gestion et les techniques de coupe du domaine forestier suédois.

On est resté à discuter devant sa cheminée pendant plusieurs heures, en sirotant du vin français. Pendant quelques années, il avait été trappeur, dans le grand nord canadien. Sa collection de peaux, accrochées aux murs ou utilisées comme tapis, attestaient de ce passé nord-américain. Ours, cerfs, élans, il avait traqué les grands mammifères sur les terres du nouveau monde. Bizarrement, sa passion pour la chasse était égale à celle pour la protection de la nature. Tuer des animaux n’était pas incompatible, pour lui, avec leur sauvegarde. « Tout est une question de gestion, m’avait-il dit. Lorsque les grands prédateurs ont été exterminés par une chasse trop intensive, il faut bien que nous régulions les populations d’ongulés, comme les cerfs, les élans… »

Nous avons passé quelques jours ainsi, à nous promener dans le parc, à la recherche des traces de la faune sauvage. Et puis Staffan m’a proposé d’aller suivre la transhumance des rennes, dans le nord. En 3 secondes, c’était décidé. On partirait à 3 heures le lendemain matin.

One comment

  1. Gaylord /

    Bonjour

    Magnifique récit ça donne envie de visiter ce parc. Justement nous allons partir en Suède avec ma compagne et j’aimerais savoir comment relier Stockholm et sarna sans forcément louer une voiture. Est ce possible ou c’est trop contraignant? Enfin si vous avez des conseils nous sommes preneurs.

    Merci

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