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Sainte Lucie : La baie de Soufrière – un milieu sous haute surveillance

Sainte Lucie : La baie de Soufrière – un milieu sous haute surveillance

Fév 15, 2016

La mise en place de l’aire protégée de Sainte-Lucie

Confrontés à des tensions entre pêcheurs et touristes, les autorités de Sainte-Lucie ont mis en place, dans les années 90, une aire marine protégée : la Soufriere Marine Management Association. Aujourd’hui, grâce aux efforts de la SMMA, les tensions se sont calmées et l’écosystème marin a retrouvé ses couleurs.

Le serpent qui se mord la queue

Ce matin, le deuxième plus grand yacht du monde a fait son entrée dans la petite baie de Soufrière. Plus de 100 mètres de long, coque blanche immaculée, une armée de bras qui s’activent sur le pont, hélicoptère sur le pont avant, le contraste avec les petits gommiers est saisissant.

Sainte-Lucie2Au nord et au sud de la baie, une vingtaine de bateaux de plaisance sont au mouillage face à la haie de palmiers et la forêt tropicale. Pour les habitants de la petite communauté, l’arrivée des touristes est vue de manière assez équivoque selon les interlocuteurs. Pour les clubs de plongée, les petits restaurants, les tour-operators locaux, ils représentent une manne économique non négligeable. Mais pour les pêcheurs, la cohabitation n’a pas toujours été facile.

Dans les années 80, Soufrière devient une destination touristique à la mode, tant par l’attrait de son cadre exceptionnel que la richesse de ses fonds marins. Les plaisanciers et les plongeurs sont chaque année plus nombreux à venir jeter l’ancre sur un domaine maritime restreint.

Résultat, des conflits éclatent entre les utilisateurs du milieu marin. Les pêcheurs se plaignent de ne plus pouvoir pêcher aux endroits et aux heures qu’ils souhaitent, les touristes ne comprennent pas pourquoi ils devraient limiter leurs activités.

La situation dégénère tellement qu’en 1994, une solution doit être trouvée : l’aire marine protégée de Soufrière, la SMMA –Soufriere Marine Management Area- est créée, avec le soutien du Fonds Français pour l’Environnement Mondial. En quelques années, des zones d’activités prioritaires sont définies afin que chaque utilisateur puisse profiter au mieux du milieu marin.

Ici des zones prioritaires de pêche, là des zones prioritaires de plongée, là-bas une zone de mouillage. L’aire marine est méthodiquement divisée et administrée.

Pour Kai Wulf, manager de la SMMA, la situation est aujourd’hui apaisée même si quelques tensions subsistent. « Le plus important a été de préserver les ressources marines, explique Kai. Sans elles, la baie de Soufrière n’offrirait plus aucun intérêt, à personne. » Les fonds marins ont en effet été particulièrement endommagé par la sur-utilisation du territoire. L’ancre des bateaux, les filets des pêcheurs et des plongeurs inconscients détruisaient petit à petit la couverture corallienne, habitat de milliers d’espèces sous-marines. « Si la SMMA n’avait pas été créée, la biodiversité de la baie de Soufrière serait aujourd’hui détruite, poursuit Kai. En cela, cette expérience est un bon exemple de gestion durable et globale d’un territoire. En résolvant des conflits humains qui se déroulent en surface, on règle le problème de la protection de la biodiversité. C’est elle qui attire les hommes. Sans biodiversité, plus de poisson pour les pêcheurs, plus d’attrait pour les plongeurs ! »

Si la SMMA n’avait pas été créée, la biodiversité de la baie de Soufrière serait aujourd’hui détruite, selon Kai Wulf. En cela, cette expérience est un bon exemple de gestion durable et globale d’un territoire.

Pourtant, depuis quelques années, la baie de Soufrière est de nouveau en danger. Les conflits sur l’aire marine ne sont plus en cause.

Aujourd’hui, la menace vient de la terre. Les promoteurs immobiliers, bien conscients de l’attrait qu’offre Soufrière, construisent des hôtels sur le littoral sans qu’aucun réseau d’égout ou de collecte des eaux usées n’existe.

Mis à nu, les terrains, lessivés par les cyclones et les pluies tropicales, rejettent des tonnes de sédiments sur les fonds coralliens, au risque de les asphyxier. « Nous pouvons faire tous les efforts du monde pour que le milieu marin soit protégé, explique Kai. Si nous ne contrôlons pas ce qui vient de la terre, tous ces efforts seront anéantis. » C’est le syndrome du serpent qui se mord la queue : l’aire marine, protégée pour assurer la venue des touristes, attire désormais des constructions immobilières synonymes de danger écologique. Au cours des prochaines années, le gouvernement de Sainte-Lucie aura la responsabilité de limiter la sédimentation et de réglementer les constructions immobilières sur le littoral.

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