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Suède : Transhumance sur les hauts plateaux

Suède : Transhumance sur les hauts plateaux

Fév 6, 2016

Une journée sur les hauts plateaux dénudés

Traditionnellement pratiquée par les populations Saami –lapones-, la transhumance des rennes est effectuée deux fois par an, au printemps et en hiver. Le temps d’une journée sur les hauts plateaux dénudés, Staffan m’a fait découvrir cette culture. A mes risques et périls…

Nous sommes partis sur les coups de 3 heures du matin, pleins phares dans la nuit. Derrière le 4×4 de Staffan, la remorque chargée de nos deux moto-neiges sautait sur les nids de poules et les crevasses de la piste. Nous avions de la route à faire, plein nord vers les hauts plateaux de la région de Funäsdalen où nous devions retrouver Markus, un jeune Saami avec qui nous devions passer la journée.

IMGP880Pendant le trajet, Staffan me tenait au courant du programme : « Il va falloir rabattre le troupeau de rennes vers le nord. Au début du printemps, le peuple Saami effectue cette petite transhumance vers les montagnes pour que les bêtes trouvent le lichen dont ils se nourrissent. » Les Saami sont l’un des plus grands peuples indigènes d’Europe. L’une de leurs activités traditionnelles est l’élevage de rennes, dont les troupeaux vivent en semi-liberté sur les grands territoires de Norvège, Suède et Finlande. Aujourd’hui, la majorité des 20 000 Saami suédois vivent à Stockholm et travaillent dans des bureaux, mais un petit pourcentage garde vivant l’héritage culturel.

IMGP87Il y a encore quelques années, la transhumance des rennes étaient effectuée avec les moyens du bord : à pied, en raquettes, en traineau à chiens… Rien à voir avec les techniques modernes : Markus et son ami sont arrivés sur deux moto-neiges rutilantes. Un détail : la peau de renne, étalée et solidement attachée sur le siège de cuir, seul témoin de leur appartenance ethnique. A 5h30, nous étions déjà en selle, à pied d’œuvre. C’était la première fois que je conduisais un moto-neige, . Une demi heure plus tard, nous avions atteint le sommet d’une petite butte, sur le plateau, d’où nous pouvions apercevoir, à la jumelle, les taches beiges du troupeau de rennes.

Le soleil se levait à peine au-dessus de l’horizon dégagé, il faisait un froid de canard… Toute la journée, nous avons poussé les rennes vers le nord, en traversant, à motoneige, des rivières en pleine débâcle qui charriaient de gros morceaux de glace. C’était la période de la mise-bas : les petits, à peine sortis, se dressaient fébrilement sur leurs pattes et suivaient le grand troupeau. Quelques secondes d’existence et déjà en marche ! A midi, nous nous sommes arrêtés au beau milieu du plateau pour casser la croûte, sur un terrain sec et sans neige. Viande de renne séchée au menu, petit feu de bois de bouleau pour se réchauffer, on est resté là pendant une heure, à surveiller du coin de l’œil le troupeau de quelques centaines de bêtes que nous suivions depuis ce matin. Pendant la pause sieste, Markus se lève pour rameuter un groupe de rennes qui dérive vers le sud. Je le suis en moto-neige.

Bain glacé

IMGP875Je lève les yeux : je suis au milieu d’un petit lac, en train de passer à travers la glace. Markus, avec ses centaines de chevaux sous le capot, est passé en trombe et sort déjà de la zone dangereuse. Ma machine s’enfonce d’un mètre dans un amas d’eau et de glace pilée. L’eau monte jusqu’en haut du siège et je dois faire l’équilibriste, pieds joints sur le cuir trempé. Je suis à une dizaine de mètres de la rive, et pas moyen de sortir d’ici, le moteur est définitivement noyé ! Je me dis que la situation est grave, horrible, mortelle, même ! Dans les films d’expéditions polaires, les gens trépassent pour moins que ça ! Sauf qu’on n’est pas dans un film, et à entendre les éclats de rire de mes trois compagnons sur la berge, je me dis que la situation est loin d’être désespérée ! Markus fait un passage en trombe devant mon nez et me lance une longue sangle que je dois accrocher à ma machine. J’ai dû m’enfoncer jusqu’à la taille dans cet amas glacé, pour amener les patins du skidoo dans l’axe de traction. Je ne sentais plus mes doigts ni mes orteils. J’étais vexé ! Et sur la berge, ils rigolaient, ils rigolaient… Staffan, calmement, prenait des photos… Nous avons abandonné le moto-neige sur place ; Staffan m’a dit qu’un hélicoptère de l’armée suédoise est venu le rechercher quelques jours plus tard… Les rennes, eux, sont arrivés à destinations sans encombres…

Ce reportage est dédié à Staffan Ericsson, que la maladie a emporté

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